Formes insidieuses de blanchiment, le schtroumpfage et les mules financières (autrement dit les passeurs d’argent), sont d’autres moyens de faire circuler l’argent sale. Ce montage, qui est l’un des rares à toucher directement des personnes qui n’ont aucun lien avec la criminalité, rappelle à quel point le monde du crime est proche des activités légitimes.

Mouvements d’argent sale

Le COVID-19 a compliqué les mouvements d’espèces mais, comme dans tous les secteurs, les activités criminelles ont toujours besoin de liquidités pour opérer. Heureusement, les empires criminels n’arrivent pas à se renflouer via des partenariats publics privés (PPP), des dispositifs de prêt CBILS (PGE en France) et autres programmes similaires proposés par des établissements financiers, même si les escrocs se débrouillent toujours pour accéder à ces fonds.

Même lorsque le rythme et le comportement de l’activité financière sont normaux, faire circuler des fonds illégaux reste une entreprise semée d’embûches. Les mouvements de fonds à grande vitesse sont toujours suspects mais ils le sont plus encore aujourd’hui, surtout vers d’autres pays à l’heure où les voyages sont plus limités que d’habitude.

Le schtroumpfage est donc pour les escrocs un moyen efficace de continuer à financer leurs activités qui ont besoin d’argent ou de déplacer des fonds sans éveiller les soupçons. Le principe est de se servir de paiements légitimes pour dissimuler des mouvements d’argent sale, et ce au nez et à la barbe de tous.

Pour ceux qui ne le savent pas, le schtroumpfage, ou blanchiment 2.0, consiste à utiliser les coordonnées bancaires d’un tiers à des fins de blanchiment. Supposons qu’un revendeur de drogue doive envoyer 10 000 dollars à son chef à l’étranger. Un courtier en informations ou un employé corrompu travaillant dans le secteur des services financiers fournira les coordonnées bancaires liées à une transaction similaire effectuée en sens inverse mais entre deux comptes légitimes, par exemple entre un étudiant à l’étranger et ses parents.

Les paiements sont alors réacheminés pour que l’étudiant reçoive l’argent du revendeur de drogue et que le chef du trafiquant reçoive l’argent des parents. Ainsi, les escrocs passent sous le radar et récupèrent leur argent dans la devise voulue sans alerter les autorités.

Si la transaction venait à attirer leur attention, les autorités suspendront plus probablement l’argent reçu par l’étudiant, qui provient d’une source réputée sale, que celui reçu par le patron du revendeur de drogue dont le compte ne présente a priori aucune irrégularité.

Le rôle du tiers, à savoir la personne qui communique les coordonnées bancaires ou l’employé corrompu de l’établissement financier qui facilite le paiement, est d’une importance cruciale dans la transaction. Aussi désagréable qu’il soit de douter de ses collègues, il faut savoir que la corruption n’est pas rare dans le secteur. En effet, une étude du cabinet d’audit et de conseil PwC évalue que 43 % des fraudes supérieures à 100 millions de dollars sont facilitées par un initié corrompu d’un établissement financier qui est de mèche avec des escrocs.

Passeurs d’argent

Des employés corrompus travaillant dans les services financiers ne sont pas les seuls auprès desquels les escrocs peuvent bénéficier d’un coup de main pour transférer leurs fonds. Considérant les taux tristement élevés du chômage, les blanchisseurs de capitaux pourraient plus que jamais recourir à des passeurs d’argent.

L’affaire Vasty au Canada en est une parfaite illustration. Une tâche mineure a été demandée dans un premier temps, pour endormir leur confiance, à des « employés » d’une fausse fondation médicale qui ont reçu par la suite une commission pour un travail consistant à transférer des fonds illégaux.

Ces missions semblent trop belles pour être vraies et elles le sont souvent. Mais dans un contexte où beaucoup ont pratiquement épuisé leurs réserves financières, devenir passeur d’argent peut être une occasion impossible à refuser.

Les établissements financiers doivent faire preuve de proactivité en la matière et avertir leurs clients sur les signes potentiellement dangereux liés aux opérations de blanchiment. En l’espèce, une éducation financière peut éviter à la plupart de ces établissements la tâche très ingrate de devoir renforcer leurs règles de supervision des transactions face à la recrudescence des activités des passeurs d’argent et faire des déclarations d’activité suspecte (DAS) encore plus souvent.

Fausses informations, blanchiment et médias sociaux

Les vecteurs par lesquels tout le monde peut recevoir quantité de sollicitations pour devenir passeur d’argent méritent eux aussi d’être étudiés. À l’heure de la prédominance des médias sociaux, votre perception de leur responsabilité dépend de votre façon d’envisager la vocation de ces entreprises.

Facebook, par exemple, ne contrôle quasiment pas les fausses déclarations politiques mais a pratiqué une tolérance zéro envers les fausses informations sur le COVID-19. Avec le développement de la crise, les autorités de réglementation pourraient inciter Facebook et les autres médias sociaux à surveiller davantage les contenus, notamment en identifiant la criminalité financière.

Récemment et pour la première fois, Twitter a signalé un tweet du président Trump comme nécessitant une vérification des faits. S’il s’agit là d’une interaction inédite de la plateforme de microblogging avec un dirigeant mondial, cette approche pourrait constituer un engagement nouveau visant à protéger les utilisateurs contre les fausses informations et autres problèmes préjudiciables. Il est possible que se développe dans ces entreprises une volonté d’isoler et de supprimer des médias sociaux les contenus qui nuisent aux utilisateurs. Reste à voir cependant si cette tendance sera renforcée par une obligation réglementaire.

Les mouvements d’argent sale évoluent, certes, sans innover pour autant. Même si la technologie est différente et si de nouvelles zones d’ombre sont apparues, ils ne font que s’inspirer des bonnes vieilles recettes éprouvées qui sont appliquées depuis des décennies.

Dans tous les établissements financiers, les équipes chargées de la conformité connaissent bien le comportement criminel et ses manifestations au sein du système financier. En cette période où l’activité criminelle évolue, ces équipes doivent être pourvues d’outils adéquats pour identifier au plus tôt les mouvements d’argent sale et pouvoir y répondre au plus vite grâce à des solutions de conformité adaptées et capables de réagir rapidement à des situations qui ne cessent d’évoluer.

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